Chute de cheveux saisonnière : ce que disent (vraiment) les études, au-delà des idées reçues

Plus de cheveux sur la brosse, dans la douche, au sol. Chaque année, après l'été, à la même période, la même inquiétude revient. Et chaque année, les mêmes conseils circulent : masquer avec un chignon serré, espacer les shampoings, changer toute sa routine. Le problème, c'est qu'aucun de ces réflexes n'est étayé par la biologie du cheveu — et certains l'aggravent activement.
Cet article reprend ce que la littérature scientifique établit réellement sur la saisonnalité de la chute de cheveux : les mécanismes, les chiffres, et surtout les zones d'incertitude que les articles génériques sur le sujet évitent soigneusement.
Le cycle pilaire : trois phases, un timing qui explique tout

Chaque cheveu suit un cycle indépendant, en trois temps :
- Anagène (croissance active) : 2 à 7 ans selon les individus, c'est la phase pendant laquelle le follicule produit la tige capillaire.
- Catagène (régression) : 2 à 3 semaines de transition, le follicule se rétracte.
- Télogène (repos) : environ 3 mois, le cheveu reste ancré dans le follicule sans pousser, avant d'être expulsé par la repousse du cheveu suivant.
À un instant donné, chez une personne sans trouble capillaire, 10 à 15 % des cheveux sont en phase télogène. C'est cette proportion qui varie selon les saisons — et c'est là que la plupart des articles sur le sujet s'arrêtent à une affirmation vague. Les données permettent d'aller plus loin.
Ce que montre l'étude de référence : 823 femmes, 6 ans de suivi
La publication qui fait autorité sur le sujet est celle de Kunz, Seifert et Trüeb, du département de dermatologie de l'hôpital universitaire de Zurich, parue dans Dermatology en 2009 [1]. Il s'agit d'une étude rétrospective menée sur 6 ans, à partir de trichogrammes (analyse microscopique de la racine du cheveu, qui permet de déterminer la phase exacte de chaque cheveu prélevé). Après exclusion des cas liés à une pathologie ou un traitement médicamenteux, 823 femmes ont été incluses dans l'analyse.
Résultat : la proportion de cheveux en phase télogène suit une périodicité annuelle nette, avec un maximum en été et un second pic, plus modeste, au printemps. Le minimum est observé en fin d'hiver.

Ce résultat n'est pas isolé. Il confirme des observations antérieures :
- Courtois et al. (1996), dans le British Journal of Dermatology, avaient déjà mis en évidence un pic de croissance (phase anagène) en juillet, précédant logiquement l'entrée en repos observée par Kunz et al. [2].
- Randall et Ebling (1991), également dans le British Journal of Dermatology, avaient documenté des variations saisonnières comparables sur une cohorte plus restreinte, posant l'hypothèse d'un mécanisme photopériodique — c'est-à-dire piloté par la durée d'exposition à la lumière, comme chez de nombreux mammifères à mue saisonnière [3].
- Une étude chinoise, Liu et al. (2014), publiée dans l'International Journal of Cosmetic Science, a reproduit un schéma de saisonnalité similaire sur une population asiatique, suggérant que le phénomène n'est pas propre à un type de cheveu ou une zone géographique [4].
- Plus récemment, Hsiang et al. (2018), dans le British Journal of Dermatology, ont analysé les recherches Google liées à la chute de cheveux sur 12 ans aux États-Unis et confirmé un pic de recherche cohérent avec la fenêtre automnale, apportant une validation à grande échelle, indépendante des cohortes cliniques [5].
C'est la convergence de ces sources — cliniques, historiques et comportementales, sur plusieurs continents — qui solidifie l'hypothèse, plus que n'importe laquelle prise isolément.
Pourquoi un décalage de plusieurs mois ?
C'est le point le plus mal expliqué dans le contenu existant sur le sujet, et pourtant le plus simple à comprendre une fois qu'on a posé les phases du cycle : un cheveu qui entre en phase télogène ne tombe pas immédiatement.
Il reste ancré dans le follicule pendant la durée de cette phase — environ 3 mois — avant d'être poussé mécaniquement par la repousse du cheveu suivant. Un pic de télogène en juillet-août se traduit donc mécaniquement par un pic de chute visible en septembre-octobre-novembre. Ce n'est pas la rentrée, le stress de septembre ou le changement de température qui déclenche la chute : le phénomène a été initié plusieurs mois plus tôt, pendant l'été.
Cette explication mécanique a une conséquence directe : agir en septembre sur les causes supposées de la chute revient à traiter un symptôme dont la cause biologique est déjà passée. L'action utile se situe en amont, sur l'état du cuir chevelu qui va conditionner la qualité de la repousse — pas sur une tentative de bloquer une chute déjà engagée trois mois plus tôt.
Pourquoi les réflexes courants sont contre-productifs
À la lumière de ces mécanismes, trois comportements fréquents méritent d'être reconsidérés :
Changer toute sa routine capillaire. Le cuir chevelu et son microbiome mettent plusieurs semaines à s'équilibrer avec un soin donné. Multiplier les changements pendant une phase de chute déjà en cours ajoute une variable de stress mécanique et chimique sans agir sur la cause, qui est déjà derrière.
Espacer les lavages par peur d'agresser le cuir chevelu. À rebours de l'intuition, un cuir chevelu où le sébum et les résidus s'accumulent devient un terrain moins favorable à la phase d'initiation du nouveau cycle anagène. La fréquence de lavage n'a pas de lien démontré avec l'intensité de la chute télogène ; c'est la nature du soin utilisé, pas sa fréquence, qui importe.
Resserrer les coiffures pour masquer la chute. Une tension mécanique répétée sur la racine est un facteur de risque documenté d'alopécie de traction, un phénomène distinct de l'effluvium télogène mais qui peut s'y superposer et complexifier la repousse.
Ce qui a un effet réel
Puisque la chute observée résulte d'un phénomène engagé plusieurs mois plus tôt, l'action pertinente ne consiste pas à « stopper » une chute déjà en cours, mais à soutenir la qualité du cycle en cours d'initiation : un cuir chevelu sain, un microbiome équilibré et des follicules non irrités offrent statistiquement de meilleures conditions à la phase anagène qui succède à la chute.
C'est le raisonnement qui sous-tend la Cure chute de cheveux de Möss : une routine régulière et ciblée sur le cuir chevelu, pensée pour accompagner la fenêtre de plusieurs mois sur laquelle se joue réellement la qualité de la repousse — plutôt qu'une réponse ponctuelle à un symptôme déjà engagé.
Sources
[1] Kunz M, Seifert B, Trüeb RM. « Seasonality of hair shedding in healthy women complaining of hair loss. » Dermatology. 2009;219(2):105‑110. DOI: 10.1159/000216832.
[2] Courtois M, Loussouarn G, Hourseau S, Grollier J. « Periodicity in the growth and shedding of hair. » British Journal of Dermatology. 1996;134(1):47‑54.
[3] Randall VA, Ebling FJG. « Seasonal changes in human hair growth. » British Journal of Dermatology. 1991;124(2):146‑151.
[4] Liu C, Yang J, Qu L, et al. « Changes in Chinese hair growth along a full year. » International Journal of Cosmetic Science. 2014;36(6):531‑536.
[5] Hsiang EY, Semenov YR, Aguh C, Kwatra SG. « Seasonality of hair loss: a time series analysis of Google Trends data 2004–2016. » British Journal of Dermatology. 2018;178(4):978‑979.














